r r l Celui-ci a voulu en faire passer dans la Beauce (Sainte-Marie), tout en gardant les hommes en disponibilité pour la guerre au bord du fleuve, ce que les femmes ont refusé. Elles n’ont donc pas quitté Lotbinière avec leurs enfants.8 Les Acadiens de Lotbinière ont une histoire à part. Ils se sont presque tous groupés finalement dans un rang de cette seigneurie, le rang Saint-Michel, et ils ont formé ainsi (avec des Canadiens déjà établis sur le rang du bord de l’eau), la belle paroisse de Leclercville (paroisse Sainte—Emmélie). Un Acadien de l’endroit, l’abbé Georges Hébert (descendant d’Antoine, un des deux frères de Port-Royal) a raconté leur histoire dans une plaquette en 1963.9 Les clauses de la capitulation de Montréal en 1760 ne règlent pas le sort des Acadiens.” Au contraire, ils sont mis sur un pied d’infériorité compara— tivement aux Canadiens. Dans le re— censement qui a été fait par le gou- vernement anglais en 1761, on trouve dans différentes paroisses, le long du fleuve, quantité de noms d’Acadiens portant le stigmate de « réfugié“ >>. Les prêtres qui se sont particulière- ment occupés d’orienter les réfugiés acadiens dans les paroisses de campa- gne à cette époque sont l’abbé François Le Gueme et l’abbé Bernard—Sylvestre Dosque. Le premier était curé à Saint- François de l’Île d’Orléans, l’autre à Beaumont.12 À partir de 1773, l’abbé Jean-Baptiste Bro se dévoua sans compter pour les Acadiens de L'As- somption et de Saint—Jacques—de-I’Achi— gan. Il était acadien comme eux : dé- porté en Europe, il était revenu après la paix.13 ;——— 1755 J763 ——.: Les Acadiens de la Gaspésie furent les plus maltraités. En 1756 deux ba- teaux d’Acadiens sont saisis près de Gaspé Ces malheureux (au nombre de 230) ont été conduits à l'île Georges, près d’Halifax, ou ils sont restés plu- sieurs mois, couchant à la belle étoile, la plupart n’ayant pas de quoi se cou— vrir, leurs hardes leur ayant été enle— ve’es lorsqu'ils ont été pris". En 1758, Wolfe, avec ses troupes, ravagea les côtes de la Gaspésie. En 1761, la chasse aux Acadiens se poursuit encore dans la baie des Chaleurs. On parle de les déporter dans le Haut-Canada. Murray affirme qu’il n’est pas désirable de les laisser s’établir dans le golfe Saint- Laurentls. Finalement on décide de les amener prisonniers dans les prisons de la Nouvelle—Écosse : 335 ont pu être em- barqués. En 1764, on trouve encore 311 Acadiens prisonniers dans le seul fort Édouard (Windsor, Nouvelle—Écosse)“. Un groupe d’Acadiens a cependant pu se dissimuler dans les bois à Traca- dièche et à Bonaventure. C’est là que se développeront les belles paroisses aca- diennes de la Gaspésie, les plus typi- quement acadiennes du Québec, avec celles des îles de la Madeleine, et de la Côte-Nord. Dès 1760, Tracadièche (Car— leton) a ses registres de paroisse. Les registres de Bonaventure seront ou— verts en 1780. Mais les fondations canoniques de ces paroisses n’auront pas lieu avant 1860. Les prêtres qui s’occupèrent de ces Acadiens de la Gaspésie furent les récollets Étienne, Ambroise et Bona- venture, le jésuite La Brosse, et plus tard, Monsieur l'abbé Mathurin Bourg, Acadien revenu après son expulsion en Europe.‘7 1.293 EËTÏIÆEÆ &QÜVI :qN’ll‘MC'â‘ëë .4” Les déportés lors du régime anglais Venons-en maintenant au deuxième groupe des Acadiens arrivés au Qué- bec: celui des déportés en Nouvelle- Angleterre qui vinrent à pied par le sud, ou en bateau en faisant le tour par le golfe SaintsLaurent. Ce n’est qu’après le traité de Paris, en 1763, que ces Aca- diens pouvaient raisonnablement son— ger à venir au Canada. Ce traité, en ef— fet, établissait une paix définitive.m Les portes n’étaient quand même pas en- core officiellement ouvertes aux Aca- diens.” Cependant, en 1763, plusieurs Acadiens déportés en Nouvelle-An- gleterre entreprennent à leurs risques de venir au Canada. Ils sont quelques centaines dont nous parlent Rameau et Rumilly: Le désir de reconstituer les familles est un mobile essentiel de leurs déplacements. Une caravane s'organise, des le printemps de 1763, pour gagner la région trifluvienne (Trois—Rivières), au Canada, où des réfugiés acadiens sont déjà établis et groupés. Les voya- geurs n’ayant que des haches et des couteaux pour armes, vivent de castors, de perdrix et d'autres animaux prix au piège. La plupart sont ria-pieds... Ces Acadiens venaient du Connecticut et de Philadelphie d’où on les laissait plus facilement partir.20 Quelques—uns s’échappèrent aussi du Massachusetts où les autorités étaient sévères, allant jusqu'à réclamer de l’argent pour dé— frayer le coût de leur séquestration. On retrouve ces premiers Acadiens dé- portés à L’Assomption, à Laprairie, à Bécancou r, à Yamachiche. .. Le plus grand nombre des déportés 8. Voir: H. Provost, Sainte-Marie de la Nouvelle-Beauce, Québec, 1970, p. 167. 9. Programme souvenir, Centenaire 1863-1963, Sainte—Émmélie, Lotbinière, p. 24-27. 10. Des libertés sont consenties « excepté à l’égard des Acadiens » : articles 39 et 55 Boston en 1755 » Mémoires de Ia Société Royale du Canada, Ottawa, 1909, p. 156. 11. Pour Lotbinière, voir Rapport de l'Archiviste de la Province de Québec pour 1925—1 la Province de Québec pour 1946-1947, Québec, 1947, p. 15. 12. Pierre—Maurice Hébert, « Paroisses acadiennes du Québec n Cahiers de la Société 13. François Lanoue, ptre, Une nouvelle Acadie, Joliette, 1972, p. 105-126. Jean- 14. Antoine Bernard, La Gaspésie au soleil, Montréal, 1925, p. 142. 15. Archives canadiennes pour 1905, vol. 2, Ottawa 1909, p. 323—327. l i 16. Ib. p. 273 et 327. Robert Rumilly, Histoire des Acadiens, vol. 2, op. cit., p. 581. Rameau de Saint—Père, Une colmuoft‘odale. .. tome 2, op. CIL, p. 183. 17. P. Pacifique de Valigny, Chronique des plus anciennes e’g l’Acadie depuis 1604 jusqu’en 1820, n Bulletin des recherches historiques. de l’ade de capitulation. Voir Pascal Poirier, a Des Acadiens déportés à 926, Québec, 1926, p. 79. Pour Trois—Rivières, voir Rapport de l'Archiviste de historique acadienne, janvier-mars 1971, p. 410. Baptiste Bro Dictionnaire biographique du Canada, vol. Vl. lises de I 'Acadic, Montréal, p. 26. P. Alexis, « Les anciens missionnaires français et canadiens de op. cit., 1930, p. 158. Ant. Bernard, La Gaspésie... op. cit, p. 167 et 232 18. Thomas Chapais, Cours d’histoire du Canada, tome 1, p. 10—11. et Jean Nichol, « The expulsion of 1’110 Canadiam » The Canadian Historiral Axax‘ialmn. acadienne, Montréal, 1935, p. 30. 20. Robert Rumill , Histoire des Acadiens, tome 2, Montréal, 1955, p. 5 _ A _ 1 Poirier, « Des .Al’cadiens déportés à Boston en 1755 n Mémoires de la Soca‘tc’ royale du Canada, volume 2, section l, Ottawa, 1909, p. 176, 177. annual report 1925, Canadian National Parks Branch of the Department of the [nterion Ottawa, 1926, p. 38. 19. Les Acadiens ne profitaient pas de l'armistice, comme les Canadiens, et ne pouvaient posséder des terres. Antoine Bemard, Hislom‘ de la sun'imnù 90. Aussi, Rameau de Saint-Père, Une colonie féodale... tome 2, op. cit, p. 206. Pascal