l3 Ils sont bien chagrins C'était tout son soutien. Ils sont bien peinés, Son mari est décédé. Nous devons tous nous hâëer C'est pour les assister. L'attachement ä sa paroisse natale, ä son "pays", comme le disait les anciens, est un autre élément bien explicite dans le corpus que nous étudions. Ce thème revient surtout dans les complaintes composées sur les personnes mortes subitement ou accidentellement ä l'étranger, maintes fois aux Etats—Unis. Divers éléments sont sous—jacents à ce thème central. Mentionnons en premier lieu le problème de l'exil de 1a jeunesse contrainte â quitter le patelin ä cause de la conjoncture économique locale. Les opportunités d'emplois étant très restreintes dans les paroisses acadiennes sur- peuplées, les jeunes hommes, surtout, cherchent ailleurs un gagne—pain. Un grand nombre d'entre eux se font travailleurs saisonniers dans les chantiers forestiers des Etats—Unis, du Québec et de certaines régions du Nouveau—Brunswick et de la Nouvellle—Ecosse. Jean—François Cormier, de Baie—Egmont, était de cette génération. En 1912, ä l'âge de 22 ans, il quitte son île ä destination des chantiers forestiers américains afin d'y gagner quelques biens. Mais en route il est victime d'un accident qui le conduit ä sa mort. Une complainte composée ä son sujet par Sophique Arsenault explique bien la raison de son départ: Un jeune garçon d'une honnête famille, Pensant qu'à l'Ile il ne réussirait pas, Il s'en va travailler par les Etats. Ce départ pour l'étranger n'était pas chose facile pour ces jeunes gens qui devaient laisser tous ceux qui leur étaient chers. Ils avaient cependant bien l'intention et l'espoir de revenir vivre au pays, ou du moins revenir périodiquement revoir la famille et les amis. C'est du moins ce que nous laissent entendre ceux qui ont relaté leurs histoires. Quant François Richard quitta Mont—Carmel, en 1892, pour aller travailler ä Rumford Falls, il laissait douleureusement ses bien—aimés et son village pour "l'éternité", mais avec la résolution de s'en revenir les visiter: Il a le coeur bien attristé Ah! c'était pour tous les laisser. Tout le bonsoir leur a souhaité Ah! c'était pour l'éternité. Mais il avait toujours dans l'idée De revenir les rencontrer.