2006 PAGE 15 r.-Henr, Blanchard de l’île du Prince-Édtîouard ...Le 14 janvier demär, la race perdait un autre de ses fidèles serviteurs : J.-Henri B _ , de Chariottetown. À peine a-t-on signalé son décès. C'est au congrès de la langue française à Québec, fin juin 1937, que nous avons rencontré Blanchard. C'était un homme plutôt court, au torse solide. ll venait d’avoir 56 ans. Il avait une femme dévouée-elle vit toujours—et sept enfants à nourrir. Bien connu chez lui, il ne l’était pratiquement pas du reste du pays. Il devait parier de l'enseignement du français dans sa province natale. Comme nombre de braves congressistes, il était probablement venu à ses frais. ...Un soir, nous cherchions la maison de Blanchard, œlle qu'il n’avait pu acheter pour quelques milliers de dollars qu’en empruntant sur ses polices d'assurance Par la fenêtre, nous l'aperçûmes penché sous la lampe, crayon en main, devant une liasse de papiers. ll était à corriger i’exarnen du concours de français! C'est qu'il avait pris sur lui d’en organiser un tous les ans dans l’Ile. l| accomplissait tout, même la tâche de quéter des dons pour ce concours. Avec trois cents piastres, il parvint à en solder les hais. correspondance, etc. et à acheter les volumes néceœaires à ajouter à ceux qu'il avait reçus pour récompenser les concurrents. En 1937, à Québec où il fui un des fondateurs du Conseil de la vie française et dont il demeura membre jusqu'à sa mort, il avait rencontré les gens qu'fl fallait. Il s'imposait maintenant de faire plus que le concours de français... Apparemment, il avait en tète tout le cadastre de la province. il faut l’avoir parcourue avec lui. Au long des routes, il indiquait, ici une terre défrichée par un Acadien. celle-là par un colon de lord Selkirir; ici le propriétaire est un Anglais, les deux terres suivantes sont à des Écossais catholiques, etc. Cela était accompagné du numéro initial y des lots. des limites des paroisses, du partage des comtés et des électoraux, de l'origine des noms Ainsi : Ballast, au sud-est râpe Charlottetown. n'est pas emprunté à l'Ulster', c’est la oonuption de WyleeFrançals, avec raison, avalent baptisé Belle-Face. l“ ...Que‘d'autres arréts intéressants. pour saluer ici une vieille Aca- donne qui faisait les plus belles catalognes; pour saluer la la famille Buote . ‘ qui. de 1893 a 1913 (sic), publia è Tlgnish L'Imparfial, l’unique journal [ français de l’iie (Blanchard en possédait la collection); ou encore pour rencontrer. à la «brunants» le député provincial Marin Gallant. Celui- ‘jct. pour nous recevoir, apporta tout simplement une lampe à pétrole de l‘île cuisine Devant un champ, Blanchard signale qu'en 1871, la charrue d’un nommé Barry y frappa un objet métallique. C'était une cloche donnée par Louis XlV. En 1758, les Acadiens de l’île Saint-Jean (nom en vigueur jusqu'au 26 novembre 1798). sous le coup de leur déportation, l'avaient enfouie a. Anivé à l'église de Fiollo Bey, Blanchard (fil: «La cloche est ici». Nous montons dans le clocher. mais nous ne cames soulever la trappe pour atteindre l'inscription de la relique. Peu après, nous étions à l‘autre bout de l'ile, et. comme écoliers en vacances, nous mentions dans le phare du cap Nord. Chose incroyable, il avouait que c'était la premiers fois qu'il y montait; et le—heut, lace à la mer. ll excitons œrtalns passages des Voyages de Cartier. Il y a un endroit où lioublls de nous conduire, c'est à la maison rendue célèbre par Anne cf Green Gebles de Mme Montgomery. le livre sur l'île du Prince- le plus connu des anglophones. Pouvsit-ll soupçonner que cette maison deviendrait lieu de pèlerinage littéraire? Partout notre guide était accueilli avec lallté. C'était toujours «Monsieur Blanchard» ou «Professor Blanch le. Dans toute l‘lle, il retrouvait d'anciens élèves. V Cette ooneldérattÿ générale ne iul Inspire pas le goût de la politique. V un grand homme. un grand homme qui signerait? même si son père hrt très longtemps député à la législature. Actuelle- ment, un fils de Blanchard y est ministre du Travail. il y avait au sénat, en 1925, deux vacances pour l’île. A la page 58 de son Histoire des Acarfiens Blanchard raconte la campagne du Canada français et son lnsuccès pour y faire nommer un Acadien. Il ne dit pas que l’homme tout désigné était son père. Peu après, il y eut des élections fédérales, et ce père, pour n’y point participer comme autrefois, partit en voyage. Le hasard voulujsic) qu’un soir, le fils rencontra dans son wagon privé Æ h le premier ministre en tournée électorale à l’île. Comme le politicien était content de le voirl Il tenait à lui expliquer pourquoi on avait préféré un autre à son père. Si le très honorable Miliam Lyon Mackenzie King avait une très grande vénération pour sa mère, Blanchard n'en avait pas moins une très grande estime pour son père. Il n'accepte pas les arguments apportés. L'autre s'en plaignit, et Blanchard lui rappela qu’il n'avait pas abordé le sujet, mais puisqu'il en était question il tirait ce qu’il en pensait Les deux devaient connaître un conseil de Shakespeare, dans Hamlet : «Beware of entrance to a quarrel, but, being in, n etc. Blanchard le suivait à fond. Le ton ne baissait pas, et l’Acadien ne laissait toujours pas tomber son père. Alors, le chef libéral enfourcha la dignité : «Vous oubliez à qui vous parlez» — «Ah nonl À vos yeux, je ne suis peut-être qu’un petit maître d’école. Aux miens, vous n'êtes pas autre chose que Billy iGng.» N'empêche que, des années plus tard, Billy iGng le nomma représentant de sa province sur la Commission de la capitale fédérale. C’était plutôt honorifique, mais Blanchard en profita, les quatorze ans qu'il vint siéger à Ottawa, pour aller fouiller aux archives nationales. Le petit maître d’école qui étudia à Guelph et à Paris, qui fut diplômé par les universités de Toronto, de la Sorbonne et de Laval, qui était docteur honoraire de Laval et de Saint—Joseph, qui assista pendant plus de soixante ans aux congrès des instituteurs acadiens de I’ÎIe, qui, après plus de cinquante ans d'enseignement. termina sa carrière simple principal-adjoint; ce petit maître d’école qui apportait son dîner avec une banane comme dessert; ce petit maître d’école qui peine aux aciéries de Sydney pour gagner ses cours atteignit-il le sommet de la considération lorsqu'on lui décema le prix Champlain l’automne demier’? Peutétre pas si on en juge —— où était la Presse canadienne?— - par le compte rendu des funérailles du Guardian de Charlottetown. On y repère plusieurs des boursiers de la Société Seint-Thomas-quuin. L'un deux, en présence de l'évèque et de plusieurs dignitairæ ecclésiastiques, prononça i'oreison funèbre. Parmi les porteurs honoraires, on noie le lieutsnsnlgouvemeur MacDonald. le premier ministre Campbell, le père de celui-ci, ancien premier ministre e ‘uge en chef de la province, Aubin-E. Arsenauit, presque centenaire, en premier ministre et ancien juge en chef, le maire Cox, etc Au moins un des ministres était porteur d'office. ll semble que tout le cabinet et une bonne partie de la députation étaient la, sans compter d’ex-députés et d'ex-ministres. comme Henri Wedge (Auccin), un Acadien prospère. Ajoutons que i'octogénalre Shaw, chef de l'opposition et ancien premier ministre. sans fausse honte, le brave homme. laissait couler ses larrnes En somme. toute la province était en deuil et lui rendait un dernier hommage. Vaguement eut-on conscience que Joseph-Henri Blanchard était ilréd'unhommage UbaideBa amuserrquelquessowenrrs.‘ augomlameemmmammflææmmæmmw de meemAnrériqrre.Ouébecvoiæ,nœ9-lo,nuejuür1968,p.225'232) l