26 Le choix de l’hymne national Au moment où les délégués allaient se séparer, M. l'abbé Richard annonce qu'il est en mesure de leur faire voir un échantillon du drapeau national adopté par la Convention. Des hourras frénétiques accueillent cette proposition. M. Richard et le Père Cormier déploient, par un silence solennel, devant un auditoire ému, un superbe dra- peau tricolore orné de l'étoile aux couleurs pontificales. L'en- thousiasme est universel, de bruyantes acclamations saluent l'étendard national que l'on voit pour la première fois. De toutes parts on demande une chanson, les uns suggérant la Marseillaise, lorsque M. Richard entonne d'une voix grave et solennelle l'Ave Maris Stella, que tout le monde répète après lui. C'était un spectacle admirable, saisis- sant. Le God Save the Queen succède à l'Ave Maris Stella, puis M. Richard prenant la parole, exprime l'espoir que nos musiciens nous donneront bien- tÔt un air national. M. Pascal Poirier, interrom- pant M. l'abbé Richard, demande la parole pour quelques instants. Plus que tous les autres il est ému. D'une voix frémissante il nous annonce que pour lui l'air national des Acadiens est tout trouvé, et trouvé d'une manière merveilleuse qui montre le doigt de Dieu, l'intervention de Marie, notre patronne. Cet air que nous cherchions, que nous implorions, il vient de retentir à nos oreilles, il vient d'éveiller dans nos coeurs les plus douces et les plus suaves sensations. C'est l'air entonné par M. l'abbé Richard, répété par toute l'assistance, c'est l'air de l'Ave Maris Stella, qui se chante dans toutes nos églises et que l'on entend si souvent dans nos chaumières; la salutation de l'Église à Marie, patronne des Acadiens. A ce moment des transports d'allégresse éclatent sur toutes les figures, tous les coeurs battent bien haut dans les poitrines. M. Poirier avait frappé juste et sa parole éloquente et enflammée avait porté la conviction dans tous les esprits, embrasé tous les coeurs. (oo), Le président soumit la pro- position à l'assemblée qui l'adopta au bruit des acclama- tions enthousiastes de la déléga- tion. On chanta de nouveau l'air désormais national de l'Ave Maris Stella; jamais hymne ne fut chanté avec plus d'entrain. C'est là un faible aperçu de la scène la plus mémorable de la 2e Convention Acadienne, et ce n'est pas trop avancer que de dire que le souvenir en restera à jamais gravé dans l'esprit de tous ceux qui ont eu la bonne fortune d'en être les témoins. (Le Moniteur Acadien, le 21 août 1884) L'insigne et la devise À la Convention de Miscouche, les Acadiens se sont aussi choisis un insigne et une devise. Il est possible que l'élite acadienne et certains délé- gués présents aient voulu imiter ce qui s'était produit au Congrès de la Saint-Jean-Baptiste, à Québec, quatre ans auparavent. Ils se rappelaient qu'à la Convention de Québec, à laquelle ils avaient participé, une association intitulée “l'Union Nationale Fran- çaise de l'Amérique du Nord” avait