EEE ———— : mn L'IMPARTIAL JEUDI LE 22 JANVIER, 1903 Le FLEUVE A mi-côte de la colline boisée, le sentier, qui descend parmi les hèê- tres et les bouleaux devient soudain plus élastique, et le profond tapis des feuilles mortes au dernier au- tomne s’assoupit sous les pas du promeneur. (Certainement, la li- sière de la forêt n’est pas bien loin. Déjà, ce n’est plus le terrain pou- dreux cù fleurit la rose et sèche bruyère ; ce n’est plus la forêt sé- vère et silencieuse. Quelle subite fraîcheur ! On entre dans le taillis, d’un vert si tendre. Sous les feuil- lages entre-mêlés, les herbes folles sont plus hautes, le velours des mousses plus dru et plus épais, et, çà et là, s’arrondit la pâleur mal- saine des champignons...Dans le fourré, que de chant: d’oiseaux, que de frissons d’ailes ! Il doit y avoir de l’eau par ici, bien sûr. Chut ! un nuage a voilé le soleil. Fauvettes et pinsons se taisent un moment. N'entendez-vous pas ce bruit frais, ce murmure clair ? Pé- nétrez sous bois. Gare aux bran- ches ! Et faites attention à ne pas glisser sur le sol spongieux. Re- gardez. Près de ce tas de pierres verdâtres, des cressons frémissent. Et, plus loin, ne voyez-vous pas ce mince ruban d'argent limpide, qui serpente et court comme une cou- leuvre effrayée ? Vous y êtes...C’est la source. Dans quelques jours, cette eau pure et glacée dont on remplit le creux de sa main et qu’on hume a- vec la délicieuse sensation qa’on boit de l'innocence, atteindra |l’A- tlantique et sera mêlée aux undes lourdes et saumâtres d’un vaste es- Elle glissera contre les bouées qui marquent, de leurs gros- ses olives, peintes en vermillon, les elle clapotera à petits coups sur les flancs encrassés ‘‘cargo- boats’’ mouillés à l'embouchure du tuaire. écueils de la rade ; de coquillages des énormes grand fleuve. Combien ce filet d’eau, qui va faire tant de chemin et se corrom- pre, hélas ! au cours Au voyage, est exquis, au départ ! Il offre le symbole même de lacandeur. Qui de nous, courant à travers les bois, après avoir étanché sa soif dans u- ne source, n’est pas resté quelques instants, lié par un charme auprès d’elle, et là—bercé par son babil, admirant son éclat limpide—n’a pas involontairement rêvé d’en- fance et de virginité ? Cependant, tout en descendant la côte, dans sa fuite de reptile sous les herbes, le ruisselet a recueilli d’autres ruisselets, s’est grossi de sources invisibles. Le voici main- tenant dans le creux d’un vallon dont il épouse la courbe harmoni- euse. Qu'il est faible encore, le petit cours d’eau ! Ue planche suffit pour le franchir, et, dans les étés de sécheresse, on ne voit guère, par places, dans son fossé, que de la boueet des pierres. Néanmoins, c'est vers lui que vont en secret les eaux souterraines. Il traverse à présent de gresses prairies. Le saule croît sur ses bords et les vieil- les souches, en double ligne, dres- sent 1à leurs pâles feuillages. Par- fois une vache des pâturages voi- sins descend, lourde et maladroite, dans l’eau courante, s’y abreuve, et, après avoir relevé son mufle ruisselant, regarde à l’horizon d’un air étonné. C’est seulement quelques lieues plus loin, au carrefour de trois val- lées qui lui apportent leur liquide tribut, que l’humble cours d’eau se transforme en petite rivière. La géographie lui a déjà imposé son nom de fleuve, l’illustre nom qu’il gardera pour porter les imposants bateaux de mer et résister à l’im- pétueux efforts des mascarets. Mais il n’est encore qu'un fleuve adoles- cent, que les vieux pouts de pierre enjambent d’une seule arche et qui conserve sa grâce champêtre. Il coule avec lenteur sous les ormes et les trembles entrelaçant leurs ra- meaux, et sur son eau calme et as- sombrie par les frondaisons pe fondes, le martin-pêcheur, en s’en- volant, fait glisser son reflet bleu, Au printemps c'est un concert sans | fu, dans ies buissons des deux ri- Wir cé ves ; et les libellules d'azur, posées par groupes sur les roseaux, sem- blent les notes de la musique que chantent tous les virtuoses ailés. Le jeune fleuve, à peine canota- ble encore, est très solitaire. Tout au plus, de loin en loin, dans un bachot amarré à quelque tronc d’arbre, on aperçoit une veste de coutil, un bout de barbe grise sous un chapeau de paille, une lcngue canne à pêche et, au bout de la li- gne, un petit flotteur—la seule note rouge dans toute cette verdure— qui s’en va tout doucement parmi les larges feuilles de nénuphars. Mais il devient rapidement adul- te, le jeune fleuve, et sa masse d’eau, toujours plus abondante, commence à faire son œuvre utile. Quand il passe près d’un village, il entend le rire bavard des laveuses aux bras aus et le bruit des battoirs rythmi- ques ; et il entraîne les bulles dia- prés du savon- Ses premiers tra- vaux conservent un caractère inno- cent et pastoral. C’est avec une sorte de complaisance heureuse qu’il entre dans le bief du moulin, qu’il se jette sur les palettes de la pesante roue pour la faire tourner, qu'il retombe en cascade avec un bouillonnement joyeux, qu’il s’a- muse à balancer sur ses flots, un instant agités après leur chute, la coquette escadrille des canards. Soudain, au détour d’un côteau, il reçoit son premier affluent. Deux fois plus large et plus pro- fond, il mérite maintenant d'être appelé fleuve. Il va, calme et la- borieux, car désormais il porte des bateaux. Sur sa berge, le long des peupliers frémissants, les che- vaux de halage tirent à plein col- lier, en amont, les chalands vides : et, sur les péniches aux vives cou- leurs, qui descendent en aval, les mariniers chantent. Il va, traçant de gracieux méandres, parfois serré entre les coteaux à vigne, parfois s’attardant et prenant ses aises à travers les herbages. Le long de ses rives féconds se multiplient les villages, et les clochers, tranquilles comme de vieux’ bonshommes, le ragardent passer. Il va. Ilabsorbe une rivière, puis une autre encore. Plus loin, là où se dessine sur le ciel la sil- hcuette d’un éclusier, un canal l’enrichit de son torrent captif. Il va, le noble fleuve. Il traverse des cités illustres. Encombré de pontons et d'embarcations de toutes sortes, il coule avec plus d’impé- tuosité entre des pierres histori- ques, se rue en grondant sous les arches soncres des ponts monumen- taux ; et, par-dessus les quais pleins de foule et de tumulte, les flèches à jour des vieilles églises jettent sur ses flots leur reflet tremblant. Puis il s’élance de nouveau dans la libre campagne, et présente son miroir à toutes les féeries du ciel. Sons l’ardente Iumière ae l’été, il pétille d’étincelles. I,/au ore le jonche de roses, le soleil couchant le crible de topazes et d’escarbou- cles ; et par les nuits bleues, il sem- ble suivre un rêve enchanté dans la mélancolie du clair de lune. Le fleuve est, à présent, dans toute sa force et sa majesté. Mais qu'est devenue l’eau claire et pure de sa source ? Depuis le premier lavoir dont ila entraîné la mousse salie, chacun de ses contacts avec l’homme lui fut une souillure. (Combien d’égouts se sont dégorgés dans ses flots de leurs fanges et de leurs charognes !| sent au bord de l’eau leurs hautes | cheminées de briques, ont lente-| | ment et constamment dirigé vers! lui des ruisseaux de poison. A d'anciennes pièces d’or, à de vieux bijoux, à des armes rouillées qu’il | a remuées, en passant dans un vase ; il a reconnu les traces de meurtres vieux de plusieurs siècles. | La nuit, du haut des ponts soli- taires, des malheureux ont plongé, pour toujours dans ses profondeurs | noires ; et, sur le bas port, des as:| sassins lui ont jeté les corps en-| sanglantés de leurs victimes, Quel-| |quefois, comme pris d’une nausée, 4 vomit sur Jes arbres de son rivage des débris hideux et putréfés. Mais il est infecté pour toujours et, pareil à la conscience d’un scélérat, il emporte dans ses eaux, avec quelques trésors ignorés et perdus, des impuretés, des hontes, des dé- sespoirs et des crimes : Enfin, le fleuve est au terme de course. Voici l'estuaire ; il est si vaste que là-bas, tout 1à-bes, à l’ancre près de la rive vague et lointaine, les navires qui ont fait le tour du monde, ceux qui ont sil- lonné des mers d'indigo sous des cieux de flammes, et ceux dont la dure étrave a brisé des glaçons au milieu d’affreuses ténèbres, les sveltes trois-mâts, les puissants steamers paraisser.t de fragiles co- quilles grées de toile d’arraignées. La dernière balise est dépassée maintenant et, sur la côte grise, les tourelles blanches des phares, toutes petites, sont à peine vi- sibles. L/énorme masse liquide, que le mouvement des marées repousse et attire tour à tour, tantôt se hérisse de petites vagues irritées par la lutte et tantôt se précipite en avant avec le glissement d’un rapide. Au large, d’où le vent apporte une confuse clameur, les lames de fond, seco: ant leur chevelure d’écume, accourent en barrant l'horizon bru- meux ; et de grandes mouettes au vol d'ange planent sur le fleuve a- vec d’aigres cris et semblent les si- nistres messagers de l’abime qui va l’engloutir. nr 0. ee Je sais une âme comparable à ce fleuve. De même qu'il va se per- dre daus la mer, elle disparaît bien- tôt dans la mort. Ainsi cue lui, en approchant du gouffre, elle se sent grosse de tout son passé, et elle est profonde et amère, —pro- fonde comme la mémoire, amère comme l'expérience. Elle se rap- pelle sa vie, qui fut, en somme, paisible et plutôt bienfaisante. Pourtant que de souillures n’a-t- elle pas reçues dans son chemin, cette pauvre âme, et emportés à ja- mais en elle ? Pour l’eau qui court et pour l’homme qui passe, il n’y a qu’un moment de pureté absolue, la source et l’enfance. (Comme Je fleuve roule et cache, dans les fan- ges de son lit, des immondices et des cadavres, l’âme—même chez les les moins coupables—est pleine de honteux secrets. Rester pur en ce moment, c’est l’impossible et désespérant effort ; le redevenir dans une vie nouvelle, quel idéal, quelle sublime espé- rance ! Ce fleuve, que la mer qui descend aspire avec de profonds râles se purifiera dans le sel de l’immense Océan. Pauvre âme flé- trie par l'existence et profondé- ment troublée am seuil du grand mystère, tu Ôses rêver, toi aussi, d’innocence immortelle ! C’est pourquoi tu songes aujourd'hui à tous ses vieux clochers d’églises et de cathédrales que le fleuve a ré- fléchis dans ses ondes et que tu as si souvent rencontrés sur la route, sans obéir à leur geste solennel. C’est pourquoi tu réponds enfin au signal de ces antiques flèches de pierre, qui te montrent le ciel avec confiance et t’ordonnent la prière et la foi. FRANCOIS COPPEE. (‘La bonne souffrance”). Le Pape Leon XIII Le 20 février prochain le pape Léon XIII célèbrera ses noces d’ argent pontificales. Il a été pro- Les usines des faubourgs qui dres- | | posé par le comité international qui a charge de la célébration, que chaque famille, chaque paroisse, chaque diocèse et chaque nation observent ce jour, comme un d’ac- |tions de Graces à Dieu pour avoir conservé la santé à Sa Sainteté. On présentera une tiare en or au | pape comme un gage de l’amour fi- lial de ses enfants, et celle-ci lui se- ra offerte le jour de l'anniversaire de sa consécration qui est le 3 mars prochain. La tiare est ainsi faite : | les trois couronnes en relief seront superposées et représenteront la triple puissance du pape. La tiare est surmontée d’une Croix. ee age tt te cote mme met ce Unis COUCUT. Les {rois portraits Seuls le prix de l'abonnement. L'IMPARTIAL est le journal francais le mieux renseigne des Provinces Maritimes. 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