PAGE 18 LA PETITE SOUVENANCE comment des pauvres gens peuvent y - ban - Uiers? ‘ " ‘ ’ En.“ . Extrait d’une lettre du père Georges-Antoine Belcourt, curé de Rustico Georges Arsenault ‘LE «Le but principal eut 3e donner une aide à celui qui veut acheter une terre, en lui aidant à faire [e premier payement, celui demandé au moment au marc/ré.» L’histoire de la Banque des fer- miers de Rustico, fondée par le père Georges-Antoine Belcourt, est bien connue. Cette institution aurait été la première expérience coopérative dans le secteur du crédit au Canada et peut- être en Amérique du Nord. L’on sait que cette banque du peuple a fonc- tionné avec Charte de 1864 jusqu'à 1894. Ce qui est moins connu, c’est que la Banque des fermiers de Rustico a fonctionné pendant quelques années sans être incorporée. Elle a effective- ment été fondée vers le mois de septembre 1861. Le père Belcourt a beaucoup écrit au sujet de sa banque dans son abon— dante correspondance avec Edme Rameau de Saint—Père, journaliste, sociologue et historien français. Ce dernier s’intéressait énormément aux Acadiens et c’est grâce à ses interven- tions que le père Belcourt a pu obtenir de Napoléon III, empereur des Fran— çais (1852-1870), des dons monétaires importants pour aider à défrayer les coûts de plusieurs projets à Rustico, notamment l’embauche d’un institu- teur pour une «école modèle». Cet argent a aussi servi à l’achat de livres pour une bibliothèque, d’instruments de musique pour une fanfare, d’un orgue pour l’église, etc. Dans une lettre en date du 1Cr juillet 1862, le père Belcourt explique en assez de détails à Edme Rameau comment fonctionne la banque qu'il a mise sur pied avec ses paroissiens depuis presque un an. Il lui dit aussi que le but principal de la banque est de permettre aux Acadiens d’acheter des terres et de se libérer de l’emprise des grands propriétaires terriens, les «seigneurs» comme il les nomme. Belcourt explique aussi pourquoi il n'a pas encore fait incorporer son institution. Enfin, il fait référence à l’émigration d’un certain nombre de ses paroissiens à Saint-Alexis-de— Matapédia, un projet de colonisation au Bas—Canada (aujourd’hui le Québec) qu'il avait lancé en 1860, peu de temps après son arrivée à Rustico. Nous reproduisons intégralement l’extrait de la lettre du père Belcourt. Cependant, afin de faciliter la lecture, nous avons créé des paragraphes. «Vous désirez beaucoup connaître comment des pauvres gens peuvent devenir Banquiers? C’est un secret qui contient en efiet assez d’intérêt pour piquer la curiosité; eh bien! voici comme nous faisons sans demander comment font les monsieurs, (les capitalistes.) Les ofiîciers sont au nombre de 12, dont un Président, Trésorier et secrétaire, et les autres conseillers, éligibles tous les ans par les actionnaires. Les 3 premiers officiers, ceux en fonction, sont élus des douzes, par ce conseil. Leur oflîce est honoraire, et d’ici a ce que leur charge leur donne trop de besogne, ils agissent pour l’honneur et non pour l’argent, (ce ne ferait pas l’affiiire de ceux qui aiment plus l’argent que l’honneur). Les actions sont d’une livre du cours de l'Isle a peu près 20 francs de votre monnaie et chacun prend le nombre d’actions qu’il veut prendre. Le but principal est de donner une aide a celui qui veut acheter une terre, en lui aidant à faire le premier payement, celui demande au moment du marche. Celui qui emprunte' doit donner une caution solvable et dql plus la terre achetée est hypotllequée pour doublr valeur de la somme prêtée. Ce pret se_ait à 7 1/2 par cent. Les actionnaires reçoivent de 6 Il: à 7 par cent; c.—a-d., au bout de l’an les intérêts reçus sont divisés, et comme il y a toujours quelques petites sommes qui demeurent quelques semaines ou