16 comme exemple d'organisation et de piété touchante, le service funèbre d'une jeune fille de cette paroisse. Le jour des funérailles, les gens de la fanfare, en uniforme se rendent à l'église avec leurs instruments de musique. D'un côté du perron, ils attendent l'arrivée du corps. Les jeunes filles, en voile blanc, se rangent de l'autre côté. Le cortège funèbre étant arrivé, et les premières prières liturgiques terminées, tous se mettent en marche pour entrer processionnellement dans l'église. Le choeur de l'orgue se compose d'Enfants de Marie—-—toutes les jeunes filles de la paroisse sont enfants de Marie, comme toutes les femmes mariées sont enrôlées dans la société des Dames de Sainte—Anne. Pendant la messe, les Enfants de Marie s'approchent de la sainte table afin de communier pour le repos de l'âme de leur compagne défunte. Après la messe et l'absoute, la fanfare joue la marche funèbre et la procession se forme en ordre parfait pour se rendre au cimetière: le corbillard, les prêtres, les enfants de choeur, les membres de la famille en deuil, les Enfants de Marie et la foule. Tous partagent la douleur de-la famille éprouvée, et le chapelet à la main, les lèvres murmurant des Avês, ils manifestent le respect le plus profond et la piété la plus édifiante. Dans ce cimetière paisible, ä l'ombre du clocher, tout près des eaux bleues de la baie, on dépose les restes mortels de la défunte. Les dernières prières liturgiques terminées, les jeunes filles entonnent ce cantique qui exprime l'amour le plus pur de l'Enfant de Marie pour sa mère céleste: "J'irai la voir un jour". Les accents de ce preux cantique se répercutent à travers les champs et au loin sur les eaux; il nous semble que les anges du ciel suspendent leur harmonie pour écouter un chant qui les ravit, non par la qualité des voix des chanteuses, mais par la perfection de l'instrument qui produit cette musique vocale, car cet instrument, c'est l'âme de la jeune fille acadienne. Le sentiment que l'on rapporte de cette cérémonie si touchante, c'est que le ciel est bien près de ce petit coin de terre de Caraquet. On garde longtemps dans la mémoire le souvenir de ce chant d'espérance, "J'irai la voir un jour". On aime ä revenir par la pensée parmi ces chrétiens fervents qui donnent au monde égoiste et matérialiste une leçon dont il a grand besoin—e- leçon de charité fraternelle qui pleure avec ceux qui pleurent, et de foi triomphante, qui salue la mort comme l'heureux commencement de la vie éternelle. BIBLIOGRAPHIE Ph. F. Bourgeois -— La Vie de l'abbé La France, Montréal, 1913. , J.H. Blanchard —— Rustico, Une Paroisse Acadienne, 1938. Helen Campion -— Over on the Island, Toronto 1939.