12 les lieux où il n'y a pas de ventrilo- ques, où le peuple n'est pas assez rusé pour être soupçonné d'aucun prestige, où la disposition même des édifices ne s'y prêterait pas. Mais quelles sont ses voix? D'où viennent—elles? Pour— quoi ne se font—elles pas entendre de tout le monde? Pourquoi les églises écossaises en sont-elles exemptées alors que celles des Acadiens en sont affli— gées? C'est sur quoi chacun peut for— mer les conjectures qu'il lui plaira." (l) Ces voix mystérieuses cessèrent de se faire entendre après que les Acadiens eurent commencé à faire dire des messes pour les âmes du purgatoire. Pour cela, ils fai- saient des sacrifices énormes, car la plupart d'entre eux étaient toujours assez pauvres. Dans la paroisse Saint- Jacques d'Egmont Bay (I.P.E.) les paroissiens trouvèrent un moyen original pour avoir de l'argent à consacrer ä cette fin louable. Au commencement du mois de novembre, ils mettaient dans l'église une grande boîte, dans la— quelle on déposait les articles dont on voulait faire le sacrifice en faveur des âmes du purgatoire. On y mettait des vêtements fabriqués à la maison, tels que des bas, des mitaines, des morceaux de toile, un manteau, une quenouillée de filasse, etc. Après la messe, ces articles étaient vendus à l'encan, et avec l'argent ainsi obtenu, on faisait dire des messes. Au commencement du carême, la même chose se répétait et les âmes du purgatoire bénéfi- ciaient souvent.de l'offrande du Saint-Sacrifice. De cette manière? les Acadiens coopéraient ä une oeuvre de charité très méritoire. Ainsi ils attiraient des bénédictions spéciales sur leurs familles et sur la paroisse entière,-—- bénédictions qui leur ont valu peut—être ces nombreuses vocations religieuses et sacerdotales qui font la gloire de cette belle paroisse. (l) Il y a une tradition qui veut que les Acadiens de la paroisse de Saint—Jean—l'Evangéliste à Port—la-Joie étaient dans l'église où on chantait les litanies du Saint Nom de Jésus lorsque les troupes de Lord Rollo se précipitêrent dans l'édifice pour les disperser. Quelquefois on voit des lumières étranges dans le voisinage. Et quand l'étoile du soir apparaît, la silhouette de l'ancienne église paraît sur l'horizon; Par les fenêtres, on voit les chandelles allumées; de petits bateaux portant les troupes de Lord Rollo se glissent sur les flots; les voix suppliantes font entendre dans le lointain la prière, "Ora pro nobis". C'est le pas- teur et ses ouailles qui reviennent pour achever les oraisons commencées et interrompues il y a cent quatre-vingts ans. (Helen Campion, Over on the Island.)