l7 la langue française sur I'lle—du—Prince—Edouard Le document que nous reproduisons ci-dessous est une lettre au rédacteur publiée dàns'ge Moniteur Acadien (Shëdiac) le 20 novembre l884. L’auteur est un Acadien de l'Ile—du—PrincenEdouard. Il se plaint amèrement de l'état de la langue française dans sa province. Il parle, entre autres, du problêMe de l'anglicisation des Acadiens pour lequel il jette en partie le blâme sur le manque d'enseignement français dans les écoles acadiennes et à l'Ecole normale. Fortement préoccupé par le problèma, il se demande ce que sera la vie française, â l'Ile, dans cinquante ou cent ans. L'an prochain, il y aura exactement cent ans depuis la publica- tion de cette lettre. Nous sommes donc en mesure de répondre ä son auteur. La Petite Souvenance invite ses lecteurs â le faire. i: 'k 'k 'k * Monsieur le rédacteur» Permettez que je sollicite un court espace dans les colonnes de votre aimable journal, afin d'y insérer quelques lignes, que je désire adresser ä mes compatriotes sur un sujet bien important, je veux dire la langue française. Chaque jour je suis attristé de voir la manière dont on déteste la langue française sur l'Ile St—Jean. Si vous rencontrez un ami, il se donnera garde de vous adresser la parole en français, mais au contraite, il fera usage du jargon britannique, en vous disant: "How do you do, sir?" ou bien "Good morningç" Cette coutume, mes amis, est exécrable et ne peut avoir aucune excuse. Nous français, et avoir honte de notre langue? si vous leur dites: "Mais n'es—tu pas français, parle—donc ta langue?” sa plusieurs vous répondent: "What's the good of French?" Je ne sais si c'est seulement pour contrarier que ces gens parlent ainsi; mais toujours ce sont des discours bas et dégoûtant, et qui ne devraient jamais être prononcés par des gens d'origine française. Si vous êtes descendants de l'Acadie, si le sang français coule encore dans vos veùœs, conserVez le fran— çais, ainsi que votre langue. N'ayez pas honte d'une langue que des génies n'ont pas eu honte de parler avant vous. Un grand défaut, que je remarque sur l'Isle du Prince— Edouard, c’est le manque d'enseignement français, dans nos écoles. Est—ce la faut du gouvernement ou celle des insti- tuteurs? La faute des deux, je pense; car si notre