Î'ÎÏÏ ' :1 LAPENTESOUVENANCE 2006 Chapitre VIII : Le grand humain Les relations avec ses enfants; quelques incidents humoristiques; publication d’un autre volume; il reçoit d’autres honneurs. A V llÎ Ses fréquentes absences de la demeure familiale ne l'ont pas empêché de voir et de veiller au bien-être de ses enfants E et au bonheur des siens. Engagé comme il l'était par ses Î activités d'ordre éducationnel. historique. culturel ou autre. l! il faisait son grand possible pour que la vie familiale soit g des plus normales. Ses deux plus jeunes fils. Francis et U Wilmer. gardent précieusement le bon souvenir de leur Ë père qui les conduisait les dimanches visiter le terrain de la E Ferme expérimentale de Charlottetown. ou l'emplacement “b de l'ancien Port-LaJoye. ou bien encore les rues et les vieilles E maisons de la ville. Et il les arrêtait à tout bout de champ .1 afin de mieux examiner les fleurs. les arbres et toutes sortes H de végétation qu'il leur faisait remarquer en détail. 5 Sa fille Bemadette raconte ses propres souvenirs de son n père et les années de sa jeunesse. Elle parle encore de lui. ' assis en train de lire passionnément Le Devoir du jour. a jetant par ses petites lunettes rondes des regards parfois k perçants a cause du tapage qu'elle et les autres enfants n faisaient autour de lui. Et parfois. perdant patience. il leur g disait de se tenir tranquilles. Avertissement vite oublié! Et A le bruit de leurs jeux d'enfants reprenait de plus bel. suivi Ë d'autres appels a l'ordre de plus en plus impatients. Et voilà qu'à un moment donné. il fallait que la mère vienne mettre de l'ordre et c'était elle qui les envoyait se coucher afin de permettre a son mari de reprendre sa lecture paisible. Souvent l'été. quand il n‘était pas trop occupé par des réunions ou par d'autres projets. toute la famille partait par train visiter la parenté a Duvar. localité où lui et Ursule avaient tous deux passé leurs années d'enfance. Ces rencontres avec la parenté à lui et à sa femme permettaient a monsieur Blanchard de se détendre et de s'amuser en vrai père de famille. Ce fut alors de longues soirées agréables remplies de contes. d'histoires amusantes. de discussions politiques et autres. de noces et de jeux. Ce fut aussi des heures de promenade solitaire le long de la route ou à travers champs. livre à la main. s'arrêtant ça et là pour mieux communiquer avec la nature qu'il admirait avec passion. Ce fut précisément à Duvar qui est arrivé un des incidents les plus comiques concernant Henri Blanchard. incident qui nous fait voir bien clairement jusqu'à quel point il pouvait être distrait. comme bien des personnes fortement engagées. À un certain moment. monsieur Blanchard avait fait le nécessaire pour acquérir la propriété de son père Jérémie. Elle avait été. depuis quelques années. dans les mains d'autres gens mais monsieur Blanchard en avait fait l'achat dans l'espoir peut-être de renouer les liens avec son propre passé. Alors quand il pouvait se rendre avec la famille à Duvar, il profitait de son temps libre pour aller à la vieille demeure familiale dans le but d‘y faire certaines réparations nécessaires. A la fin de la journée de travail. il retournait a pied chez «mon oncle Dorice ». le frère de Ursule. Voilà qu'un certain jour. il est allé à la vieille maison pour faire un peu de peinture. Comme bien d'autres amateurs du pinceau. il avait fini par mettre autant de peinture sur lui. sur ses vêtements que sur les murs de la chambre. Une fois le travail terminé. il a donc constaté a son grand chagrin qu'il avait fait pas mal de dégât — au point que son linge. et en particulier son pantalon. n'était plus présentable. Sans réfléchir. il avait vite fait enlever le pantalon et. le jetant tout bonnement dans le vieux poêle de cuisine. il l'a mis au feu. Le pantalon. si fortement taché de peinture fraîche. n'a pas pris de temps à s'enflammer et fut bientôt réduit en cendres. Ce n'est qu'à ce moment- là que notre professeur distrait a réalisé qu'il n'avait pas d‘autres pantalons à porter pour s'en retourner. ll fut donc réduit à s'asseoir et à attendre jusqu'au temps où la famille. inquiète de son absence prolongée. a envoyé quelqu'un voir ce qui se passait. lls l'ont ainsi découvert. un peu décontenancé de son geste irréfléchi. mais prêt à endurer les taquineries qui en résulteraient. Henri Blanchard restait essentiellement un « grand humain >>. intéressé par-dessus tout au bien—être et à l'avancement de ses semblables. Toutefois. cette humanité n'était pas toujours remarquée par ses amis et ne fut souvent vue que par les membres de sa famille ou par sa proche parenté. Étant si humain. il craignait certaines choses qu'il ne pouvait facilement contrôler. Telle était sa peur presque insensée des chiens. En effet. il avait une peur bleue de « cet ami de l'homme >>. Fut—ce à la suite d'une rencontre malheureuse et inattendue avec un chien quelconque qui est née chez lui cette terrible peur? Dieu seul pourrait nous le dire mais chose certaine. tout au long de sa vie. il ne pouvait endurer un chien jappeur près de lui. Ainsi. tous ceux et celles qui l'ont connu à Charlottetown ou qui l'ont rencontré partant de chez lui pour se rendre au travail ou pour se promener seul ou avec quelqu'un de la famille. l'ont toujours vu portant un parapluie à la main. Plus tard dans sa vie. il a échangé le parapluie pour une canne. Bien que ces deux objets aient pu servir aux besoins prévus par leurs inventeurs. pour monsieur Blanchard. ils avaient une toute autre raison d'être: ils devenaient au besoin des bâtons de défense à l'approche indiscrète d'un chien un peu trop familier... Un fait plutôt amusant lui est arrivé à la suite de l'incendie qui avait ravagé le Collège Prince-de-Galles en I932. Afin de permettre aux collégiens de continuer leurs cours sans interruption. les autorités collégiales se sont entendues avec l'administration de la ville de C harlottetown pour que ces cours soient présentés l’après-midi dans