2004 que Zita Gallant (née Cormier) et moi avons fréquenté ensemble la petite école de Saint-Philippe, on s’en parle encore de nos jours. Pendant les années 1930, c'est sûr qu'on n’avait pas grand-chose et pas grands friponneries. Une journée, on s’est dit qu’on aimerait du sucre à la crème. On n’avait pas d’argent, mais on avait des poules qui pondaient. Plusieurs de nous, les jeunes des voisins aussi, on a attendu à ce qu’on ait une douzaine d’oeufs et on a attelé le cheval sur le truck wagon et on va au magasin chez Howard Yeo acheter du sucre jaune avec nos oeufs pour nous faire du fudge. Je pense qu’on avait eu au moins cinq livres de sucre, donc on a mangé du fudge à se con— tenter. C’était Lucie à Antoine à Pierre Gallant qui faisait du bon fudge. Pendant mon enfance, je me sou- viens d’avoir couru la Mi-Carême pour aller chez Antoine à Pierre où la bonne Joséphine nous donnait des belles galettes au sucre toutes dentées autour, et avec un raisin au milieu. C'était très bon. Une fois, à la Mi- Carême, mon frère 'Iilmon s’avait caché en haut dans le petit grenier tandis que personne était à la maison le soir. Quand on a arrivé de veiller - dans ce temps—là on ne barrait pas les portes, je pense qu’il y avait pas de voleurs, ou il y avait rien à voler - on entre et on allume la lampe et on entend quelqu’un marcher en haut. Tout le monde sort et court chez le voisin. Qu’esbce qui était le plus drôle, c’est qu'il courait derrière nous, Tilmon, et il riait à se défaire. Rendus chez le voisin, on a raconté notre his— toire en le regardant rire et là on s’est aperçu que c'était une de ses farces. Dans les années 1930, il y avait pas grand monde qui avait des cars, surtout des trucks. Mais Arcade à Jos Mocauque était, je crois, le premier à en avoir un dans les alentours. Un dimanche après—midi, il arrive à la maison et dit : «Ma tante Émilienne, venez—vous prendre une drive avec les enfants?» Tout le monde sautait de joie et était vraiment content d’aller dans un car. Donc ma mère embar» que en avant avec Arcade et Madeleine et nous autres, tous les enfants, en arrière. Je vous dis que c’était vraiment une fête pour nous autres. Un a conte ça aux enfants à l’école le lundi et je vous dis qu’ils pensaient qu’on était chan- ceux. On avait été jusqu’à Richmond. Je me souviens des noces et de la manière que ça se passait. Quand on entendait dire qu’un jeune homme avait fait la demande, ça voulait dire qu’il y aurait des noces bientôt. C’était presque toujours le mercredi matin à 8 heures. Ma soeur Toinine, elle s’avait frisé les cheveux avec des petits papiers et pendant le messe, la fille suivante, Imelda Cormier, lui ôtait les papiers qu’elle avait oublié d’ôter. Il y avait le déjeuner chez la mariée, le dîner parfois encore chez la mariée et le souper chez le marié, car c’était là qu’ils allaient coucher. Sur le sujet des noces, quand Benoît Cormier et Délina Arsenault se sont mariés, ils ont décidé d’au lieu d’avoir une noce qu’ils iraient en visite au Nouveau—Brunswick chez de la pa— renté. Quand ils arrivent chez leur oncle, ils ont bien vu qu’il y avait oint de chambre réservée pour eux. â l’heure de se coucher, il y en avait trois ou quatre couchés dans la même chambre qu’eux! C’était toute une honeymoon. Délina a jamais dit com- bien longtemps qu’ils ont visité, mais je crois juste quelques jours. Dans le temps, on n’avait pas grand— chose à donner comme cadeau de noces, pas d’argent pour en acheter non plus, donc cette bonne dame de St—Philippe avait donné trois bouteilles de confiture aux petites fraises. Je suis certaine que ç’a été apprécié parce que, comme vous savez, des petites fraises c'est délicieux. Je me souviens qu'on regardait dans les livres et on voyait des filles blon— des. Moi, je voulais toujours être une blonde. Un jour, je dis à ma soeur Madeleine : «Tu sais, du soda dans la mélasse Ça vient jaune. Pourquoi pas dans les cheveux?» Elle me dit qu’il faudrait aussi mettre du vinaigre. Me voilà dans le vinaigre et le soda a ma mère. Je m’emplis la tête. Ma mère avait besoin de m’envoyer chez le voisin, donc quand elle me le demande, sans penser à ce que j’avais dans les cheveux, j'y vais. À mon arrivée n, tout le monde me regarde et rit .\ saVoir quoi en faire. Je me demande qu’est—ce qu’ils ont à rire? J’ai envie de PAGE 25 Je me souviens des noces et de la manière que ça se passait. Quand on entendait dire qu'un jeune homme avait fait la demande, ça voulait dire qu'il y aurait des noces bientôt. pleurer. Un d'etn me dit : «Marie—Helene, qu'esb ce qui a fait tourner tes cheveux blanCs?» Là, j'étais encore moins grosse car j'avais très tonte. C’est vrai que le soda et le vinaigre avaient travaille. J’ai dit que plus jamais je voulais devenir une blonde.