18 L'Acadien n'est pas chasseur. Dans beaucoup de maisons, il n'y a pas de fusils. Pourtant, en automne le bon gibier ne manque pas: les canards, les oies sans vages, les crevans (brants) et tout l'hiver, de délicieuses perdrix. Il y a ici, je crois, plusieurs espèces de champi“ gnons commestibles. Tout au moins, j'ai vu sur le talus des routes et dans les prés de belles brunettes auxquelles personne touche et qui pourrissent sur pied. Les chancres, ou crabes, les moules, peuvent croître et prospérer en paix: c'est un trOp maigre régal, paraît—il. Les palourdes ou les "clame", sont, au contraire, très recher» chëes. On les retire, ä mares basse, du sable de la grève où elles sont enfouies, ä l'aide d'une pelle. Je ne parlerai pas des grenouilles. Ce mets si bien apprêe oie des fines bouches des grandes villes américaines, fait sourire de méfiance ou d'incredulité. Puisque nous en sommes sur la cuisine, j'ajouterai que l'Acadie est d‘une grande frugalitë. Le nain de 'mênage qui ne se cuit pas par grandes fournêes, mais 'par petites quantité presque journellement dans un petit four adapté au poêle de cuisine est d'une grande blancheur. Le beurre fait par les ménagères est excellent et, comme chez les Anglais, compose une grande partie de l'alimentan tion. Les femmes excellent à faire de la pâtisserie, des tourteaux de toutes sortes. Les fruits sont assez rares, hors les fraises, les framboises sauvages et les "blueberries". Vous parleraieje de la langue acadienne? Elle est excessivement douce en général, surtout dans le bouche des femmes, et contraste singulièrement avec l‘accent un peu rude et parfois breäouillant de certains Canadiens que j'ai entendus. Remarquez bien que je ne suis pas de ceux qui prétendent ou veulent laisser croire qu‘au- Canada on parle le français mieux qu'en France, prennent le pays dans son ensemble, en ce sens qu'un Français peut voyager dans tout le Canada et comprendre partout la langue qu'on y parle, tandis qu‘en France il n'entend rien ä certains patois ou langues presque mortes, comme le provençal, le gascon, le basque, le basbreton, etc., bien que ces idiomes tendent_ä disparaître complètement bientôt, par suite du développement considérable de l'instruction publique en France depuis quelques années. Voici un autre fait qui prouvera mon assertion. Des ‘ Acadiens avec qui j'ai causé m‘ont fait cette remarque: w Nous vous comprenons bien mieux que d'autres Français qui sont venus ici. Comment cela se faiteil? w C'est bien simple, leur dis—je; ces gensnlä vous parlaient sans doute auvergnat, tandis que moi je prétends parler français, et je suis heureux que vous me compreniez.