Pierre Douville : un illustre fils de l'île Saint-Jean armi les quelque 3 000 habitants de l’île Saint—Jean déportés en France en 1758, Pierre Douville est sans doute celui qui s’est le plus illustré dans les années qui ont suivi le Grand Dérangement. Devenu homme d’affaires et capitaine de navire, il offre ses services de navigateur expérimenté pour combattre les Britanniques, d’abord auprès des Américains et ensuite auprès des Français‘. Pierre Douville a vu le jour le 7 août 1745 à Havre—Saint—Pierre, île Saint-Jean. Il était le dixième enfant et le plus jeune fils de François Douville et de Marie Roger. La famille Douville était l’une des familles pionnières de l’île Saint-Jean et l’une des plus prospères. Le père, François Douville, s’établit à l’île en 17193. À l’automne de 1758, alors qu’il n’a que 13 ans, Pierre Douville se voit déporté en France. Après environ trois mois en mer, il débarque à Saint— Malo, en Bretagne, le 29 janvier 1757 en même temps que sa mère, deux frères, cinq soeurs, deux beaux—frères, une belle-soeur ainsi que plusieurs neveux et nièces. Malgré la grande épreuve à laquelle elle a dû faire face, la famille Douville se compte chanceuse d’avoir survécu contrairement aux 24 familles de la région du Havre-Saint—Pierre qui sont complètement disparues pendant la Déportation. De toute évidence, elles ont été englouties par la mer quand le bateau qui les transportait, probablement le Violet, a coulé près des côtes de l’Angleterre pendant une tempête le 12 décembre 17583. Cependant, la famille Douville n’a pas été complètement épargnée. Dans les quelques mois qui suivent son arrivée en France, Pierre Douville perd trois soeurs, un beau—frère et sept neveux et nièces4 qui sont emportés par la maladie. Exilée en France, la famille Douville s’installe temporairement à Saint-Servan, en banlieue de Saint-Malo. Aussitôt la paix revenue entre la France et la Grande-Bretagne, et le traité de Paris signé en 1763, les Douville passent aux îles Saint- Pierre et Miquelon à l’instar de nombreuses autres familles qui avaient été déportées de l’lsle Royale, de l’île Saint—Jean et de l’Acadie. Ils quittent les côtes de la Bretagne des le mois de juin à bord de La Marie—Charlotte, navire affrété par le roi. À leur arrivée aux îles, le gouvernement leur attribue deux concessions, avec graves donnant sur la mer, et situées sur l’Île-aux-Chiens, dans l’entrée de la rade de Saint-Pierre. La première concession est au nom de la veuve Douville et de ses enfants (y inclus Pierre), la seconde au fils aîné, Jacques Douville, époux de Iudith Quémine. La pêche à la morue et son commerce deviennent le principal gagne-pain de la famille 5. Pierre est alors un jeune navigateur de 17 ans. L’année suivante, il quitte sa famille et retourne en France où on le retrouve comme matelot sur La Nourrice, une flûte du Roi qui transporte des familles acadiennes à Cayenne, en Guyane française“. En 1765, à titre de second lieutenant, Pierre fait partie de l’équipage des Deux Amis qui amène en France 45 Acadiens récemment arrivés aux îles Saint-Pierre et Miquelon. Ces derniers sont forcés par les autorités françaises à quitter les îles parce qu’on juge qu’il y a un surcroît de population. Le jeune navigateur revient bientôt auprès des siens et il navigue sur des navires de commerce entre Saint—Pierre et Miquelon et les ports de la Nouvelle-Angleterre. Vers 1770, Pierre Douville s’établit au Rhode lsland où il est d'abord maître de navire et travaille pour le compte de riches l. Les renseignements sur la vie de Pierre Douville sont tirés principalement des articles suivants : Raymond Douville. « L‘Odyssee d'un Acadien dans les marines américaine et française Les Éditions des Dix. Montréal, 1954. p. 1-30 ; Gérard Scavennec. s Pierre Douville. un Acadien a la recherche de son identite dans Racines et Rameaux français d‘Acadie. bulletin no ll (juin 1994). p. 2-8 : Gérard Scavennec. u Pierre Douville. l7 d'Acadie. numéro hors série. 2005. 35 p. ï Florian Bernard (with additional notes by Mic 45-1794 ou Le destin hors du commun d'un marin acadien Racines et Rameaux français hael Talbot 8L Dennis Boudreau). «- François Douville and his Family. Forgotten Acadtans‘ Le Réveil Acadien. Fitchburg. Mass,. vol. XlV. no. l (Febrttary l998). p. 20—22 ; Michel Poirier. « Pierre Douville. fils de Normands de Coutances. héros de la guerre d‘lndependance américaine et peut—être de Jules Verne n. Annales de Normandie. Congrès des Sociétés h lx) 3. Information donnée par le généalogiste Stephen White dans une conférence :1 St. Peters lors du colloque u 2001. Voir La Voix acadienne. 23 mai 2001 , p. 5. Georges Arsenault. « Le premier insulaire d'origine européenne enterré à St. Peters Har istoriques et archéologiques de Normandie. vol. 6. 2001 . p. 314-338. bour. La Petite Soutenance. numero l6. p. 9-1 l. Diseovering the History and People of Saint-PierIe-du Nord le l2 mai 4. Gérard Scavennec, « Pierre Douville. 17454794 ou Le destin hors du commun d‘un marin acadien v. p. (i. 5. Michel Poirier, loc. cit. 6. Gérard Scavennec. op. cit.. p. 6. PAGE 18 LA PETITE SOUVENANCE 2008